Orchestre symphonique de Québec: accord parfait

03.26.14
Matthias Pintscher
La Presse (Canada)

Ça fait toujours du bien d'entendre l'Orchestre symphonique de Québec au Palais Montcalm. Encore plus quand il joue Mozart et Beethoven, comme mercredi soir.

By Richard Boisvert

Matthias Pintscher, le nouveau directeur musical de l'Ensemble intercontemporain de Paris, assumait la direction du concert. Dès les Danses allemandes de Schubert (orchestrées par Anton Webern), on comprend qu'on a affaire à un esprit allumé et pas à un métronome. Son travail s'appuie sur la rigueur, la sobriété et la simplicité, mais entre ses mains, l'orchestre adopte un mouvement souple et entraînant, il respire, et sa couleur se renouvelle continuellement. On a droit à une interprétation limpide et assez pittoresque.

Le chef prend beaucoup de plaisir à anticiper les événements. On le sent dans l'agilité avec laquelle il négocie les transitions, en s'assurant de bien fondre la fin de la phrase et le début de la suivante. De cet ensemble de morceaux se dégage en fin de compte une belle impression d'unité.

Le charme continue à opérer lorsqu'on passe au Concerto n° 20 de Mozart en compagnie de la pianiste Nareh Arghamanyan. La jeune Arménienne qui a remporté les grands honneurs à Montréal en 2008 possède des doigts agiles et déliés qui mordent dans les touches. Son jeu est aussi soigné que fin. Dans cette robe ravissante, d'un rouge aussi vif que celle du cardinal, elle est aussi belle à voir qu'à entendre.

Le chef, on le sait déjà, a beaucoup d'oreille. La soliste aussi. Ensemble, ils s'entendent à merveille. Un esprit positif, alerte et ludique règne sur scène tout au long des trois mouvements.

Matthias Pintscher, qui est également compositeur, a donné un aperçu de son art en début de deuxième partie, en dirigeant Ex nihilo, écrite en 2012 pour le BBC Scottish orchestra. Il s'agit d'une étude qui cherche à illustrer les premières sensations qu'on peut avoir lorsqu'on se réveille ailleurs que dans son lit. Les impressions d'un esprit mal réveillé, donc. Il y a là tout un monde de sonorités à explorer. Le timbre ronflant de la clarinette basse est joliment exploité. Je crois bien qu'il s'agit de la partition la plus étrange et la plus amusante entendue à l'OSQ ces dernières années. L'exécution fait sourire l'auditoire.

Le chef attaque la 8e de Beethoven, dernière oeuvre au programme, avec une force impressionnante. Son interprétation est pleine d'énergie, certes, et elle traduit manifestement la joie et l'amour de la musique. C'est seulement qu'à la longue, on se demande où est passée la ferveur.